Grande Loge Nationale Française (GLNF)

La Grande Loge Nationale Française (GLNF), a été créée en 1913 sous l’appellation « Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et ses colonies ». Dès sa fondation, elle est reconnue par la Grande Loge unie d’Angleterre (GLUA) comme une obédience régulière, conformément aux principes de la « régularité maçonnique » énoncés en 1929 par la GLUA.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la GLNF, comme les autres obédiences françaises, elle a été interdite. C’est en 1948 qu’elle prend son nom définitif « Grande Loge Nationale Française ». Cette obédiencet a connu une période de croissance, en particulier dans les années 1960. Elle connait en 2011 la crise la plus sévère de son histoire. Cette crise a entraîné une scission parmi ses membres (qui aboutira à la création de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GLAMF) et la suspension temporaire de la reconnaissance par la GLUA.

La GLNF, en tant qu’obédience, n’admet que les hommes selon ses statuts. Bien qu’elle n’ait pas d’accords formels de reconnaissance avec d’autres obédiences françaises, elle maintient des relations amicales et des échanges occasionnels, ainsi que certains liens administratifs avec la majorité d’entre elles.

Rites pratiqués à la Grande Loge Nationale Française

Lors de sa création, la Grande Loge Nationale Française (GLNF) pratiquait exclusivement deux rites : le Rite Émulation, qui se déroulait en anglais, et le Rite Écossais Rectifié. Cette situation perdura jusqu’en 1965, année charnière marquée par l’arrivée significative de membres dissidents de la Grande Loge De France. Ces nouveaux membres, habitués à travailler selon le Rite Écossais Ancien et Accepté, ont contribué à diversifier les pratiques rituelles au sein de la GLNF. En plus d’introduire le Rite Écossais Ancien et Accepté, ils ont également adapté le Rite Émulation au contexte francophone, permettant ainsi son utilisation en français.

En 1979, une dynamique interne de la GLNF, portée par des francs-maçons désireux de ne pas laisser le Rite Français sous l’égide exclusive du Grand Orient de France, a mené à la création des premières loges opérant selon le « Régulateur du Maçon » de 1801.

La diversité rituelle de la GLNF s’est ainsi enrichie au fil des années, reflétant une ouverture et une adaptabilité aux différentes traditions maçonniques. En plus des rites initialement pratiqués, l’obédience offre désormais aux francs-maçons la possibilité de travailler selon plusieurs rites fondamentaux, chacun avec ses particularités et sa symbolique propre. Ceux-ci comprennent :

  1. Le Rite Écossais Rectifié
  2. Le Rite Émulation
  3. Le Rite Écossais Ancien et Accepté
  4. Le Rite Français
  5. Le Rite d’York
  6. Le Rite Standard d’Écosse

Cette diversité de rites permet à la GLNF de proposer à ses membres un large éventail de parcours initiatiques, favorisant ainsi une expérience maçonnique riche et variée, adaptée aux différentes sensibilités et cultures de ses membres.

Histoire de la Grande Loge Nationale Française

La fondation de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) résulte directement de la décision prise en 1877 par le Grand Orient de France, la principale obédience maçonnique française de l’époque, concernant la question du Grand Architecte de l’Univers. Cette période coïncidait avec l’établissement de la Troisième République en France, un contexte où l’Église catholique romaine, inquiète de perdre son statut de religion d’État, s’opposait fermement à la franc-maçonnerie et à la République. Cette opposition a conduit à un changement significatif dans la composition idéologique des loges maçonniques, qui se sont progressivement orientées vers des positions républicaines et anticléricales.

Le convent du Grand Orient de France en 1877 a pris la décision controversée d’éliminer de ses constitutions toute obligation de croyance en Dieu et toute référence au Grand Architecte de l’Univers, laissant à chaque loge la liberté de choisir de maintenir ou non ces références.

Ces changements ont suscité une vive réaction de plusieurs loges en France, ainsi que de la Grande Loge unie d’Angleterre et d’autres obédiences, surtout dans l’Empire britannique.

Édouard de Ribaucourt, en désaccord avec ces tendances, a réactivé en 1911 à Paris la loge « Le Centre des amis », qui a obtenu une patente lui permettant de pratiquer le Rite Écossais Rectifié et d’inclure l’invocation au Grand Architecte de l’Univers. En 1913, face à tandis que de nouveaux rituels expurgés de toute référence au Grand Architecte étaient imposés, Ribaucourt et d’autres membres ont décidé de rompre avec le Grand Orient, pour mener à bien la création de la GLNF.

La loge « Le Centre des Amis » se constitue en « Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et ses Colonies » le 5 octobre 1913. Peu après, le 29 octobre 1913, la loge « L’Anglaise 204 » de Bordeaux exprime son intention de rejoindre cette nouvelle obédience. La reconnaissance officielle par la Grande Loge Unie d’Angleterre est annoncée le 3 décembre 1913 lors d’une réunion trimestrielle à Freemason’s Hall, à Londres. Dès le lendemain, la loge « L’Anglaise 204 » intègre la « Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et ses Colonies ».

Le 29 octobre 1948, l’obédience change de nom pour devenir la « Grande Loge Nationale Française » (GLNF). Jusqu’aux années 1960, elle reste relativement marginale, composée principalement d’anglophones résidant en France.

L’essor significatif de la GLNF ne se produit qu’à partir de 1965. En 1964, une scission majeure a lieu au sein de la Grande Loge De France suite à un traité d’alliance avec le Grand Orient de France. Cette crise conduit plusieurs centaines de francs-maçons,à quitter la Grande Loge de France pour rejoindre la GLNF, portant ainsi ses effectifs à plus de 4 000 membres. Ces nouveaux arrivants permettent à la GLNF de pratiquer le Rite Écossais Ancien et Accepté et de créer des loges principalement francophones.

Jusqu’à la fin des années 1960, la Grande Loge Nationale Française (GLNF) reste une obédience maçonnique minoritaire en France, avec moins de 4 000 membres. Elle connait ensuite une croissance remarquable, devenant la deuxième plus importante obédience française derrière le Grand Orient de France. Cette expansion rapide a suscité des interrogations, notamment sur les méthodes de recrutement dans certaines provinces, en particulier dans le sud de la France. La presse émettra l’hypothèse de pratiques d’affairiste pour expliquer ces recrutements massifs, suggérant que d’autres motivations que la quête spirituelle étaient à l’œuvre. À la fin des années 1990, des scandales éclatent dans ces régions, conduisant les dirigeants de la GLNF à affirmer avoir opéré un nettoyage interne et à se recentrer sur les préoccupations spirituelles et l’interdiction des débats politiques ou religieux en loge.

De 2008 à 2012, la GLNF a traversé une crise majeure résultant du mode de gouvernance de l’ancien Grand Maître, François Stifani,, notamment ses liens avec le monde politique. Les critiques internes, sanctionnées par des mesures disciplinaires, ont révélé un manque de démocratie dans le processus électoral du Grand Maître et un autoritarisme croissant. La démission de Stifani de son poste de président de l’association, tout en restant Grand Maître, créa un blocage institutionnel, nécessitant l’intervention de la justice profane. L’affaire a été largement médiatisée, aboutissant en mai 2011 à la suspension des relations avec la GLNF par cinq grandes loges européennes, suivie par la Grande Loge Unie d’Angleterre en juillet 2011. En septembre 2012, la GLUA a définitivement retiré sa reconnaissance. En juin 2012, les grandes loges européennes ont rompu définitivement leurs liens avec la GLNF, considérant qu’elle avait perdu toute légitimité. La crise entraîna une réduction significative des membres de la GLNF, passant de 43 500 en 2010 à 26 200 en mars 2013, et a surtout conduit à la création d’une nouvelle obédience, la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF).

Le 1er décembre 2012, dans un contexte de crise profonde au sein de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), Jean-Pierre Servel est élu nouveau Grand Maître. Son élection marque le début d’une période cruciale de reconstruction et de restructuration pour l’obédience, alors en proie à des divisions internes et à une perte de crédibilité auprès de ses membres ainsi que dans la communauté maçonnique internationale.

Jean-Pierre Servel s’attelle immédiatement à la tâche de redresser l’obédience, avec un accent particulier sur la restauration de la confiance et de l’unité parmi ses membres. Il met en place une série de réformes visant à améliorer la transparence, renforcer la démocratie interne et assainir la gouvernance de la GLNF. Ces efforts comprennent la révision des procédures de recrutement, l’instauration de nouvelles normes éthiques et la restructuration administrative pour une gestion plus efficace et inclusive.

En parallèle, Jean-Pierre Servel œuvre à restaurer les relations avec d’autres grandes obédiences maçonniques, en particulier avec la Grande Loge unie d’Angleterre (GLUA), dont la reconnaissance est cruciale pour la légitimité internationale de la GLNF. Ces efforts de diplomatie maçonnique, axés sur la reprise du dialogue et la démonstration des changements positifs au sein de la GLNF, portent leurs fruits.

Le 11 juin 2014, après près de deux ans de travail assidu et de réformes, la GLNF reçoit une nouvelle preuve de son renouveau : la Grande Loge unie d’Angleterre, considérée comme l’une des plus influentes dans le monde de la franc-maçonnerie, renoue officiellement ses relations avec la GLNF. Cette reconnaissance est un jalon important, non seulement pour la GLNF mais aussi pour Jean-Pierre Servel, attestant de la réussite de ses efforts pour redresser l’obédience et rétablir sa place respectée dans la communauté maçonnique internationale.