Grand Orient De France (GODF)

Nombre de loges : Plus de 1250 loges
Nombre de membres : Environ 52 000 membres
Année de création : 1773
Adresse du siège social :
16, Rue Cadet
75009 PARIS
Téléphone : 01 45 23 10 64

Le Grand Orient De France (GODF) en trois points

Le Grand Orient de France (GODF) se distingue au sein de la franc-maçonnerie mondiale par trois aspects fondamentaux qui façonnent son identité et ses pratiques. Premièrement, le GODF se singularise par son refus d’imposer une croyance en une divinité ou en tout autre pouvoir suprême. Cette position marque une rupture significative avec de nombreuses autres obédiences maçonniques qui exigent de leurs membres la croyance en un Être suprême. Le GODF valorise plutôt la liberté de pensée et d’expression, permettant à ses membres de poursuivre leur quête spirituelle et philosophique sans contraintes dogmatiques.

Deuxièmement, l’attachement profond du GODF à la laïcité et aux valeurs républicaines et sociales constitue un autre pilier de son identité. La laïcité, en tant que principe de séparation de l’État et des institutions religieuses, est considérée comme essentielle pour garantir la liberté de conscience. Le GODF promeut activement des valeurs qui sont en harmonie avec les principes républicains de la France, notamment la liberté individuelle, l’égalité des droits et la solidarité sociale. Ces valeurs se reflètent dans les actions et les engagements de l’obédience, tant au sein de la société maçonnique qu’à l’extérieur.

Troisièmement, le GODF se caractérise par son engagement en faveur du progrès social et intellectuel. Les membres sont encouragés à réfléchir et à agir dans le but de contribuer au développement et à l’amélioration de la société. Le progrès est considéré non seulement comme un objectif mais aussi comme un principe fondamental inscrit dans la constitution de l’obédience. Cette orientation vers le progrès est souvent associée à une vision humaniste et progressiste des enjeux sociaux et politiques.

En ce qui concerne l’adhésion et la pratique maçonniques au sein du GODF, il existe des critères stricts pour garantir l’alignement des membres avec ses valeurs fondamentales. Ainsi, les individus exprimant des opinions racistes, xénophobes ou soutenant des régimes totalitaires sont explicitement exclus. Le GODF prend ces mesures pour maintenir un environnement qui respecte la dignité humaine et promeut les valeurs de tolérance et de respect mutuel.

Politiquement, le GODF est souvent associé à des idéaux de gauche, et nombre de ses grands maîtres contemporains ont été affiliés au Parti socialiste. De plus, l’obédience interdit à ses membres de s’affilier au Front national ou à tout autre groupe promouvant la discrimination, la haine raciale ou des idéologies sectaires. Cette position souligne l’engagement du GODF envers une société inclusive et équitable.

Enfin, le GODF se positionne comme un défenseur des principes de la devise républicaine française : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Ces mots ne sont pas de simples slogans mais incarnent les aspirations et les engagements du GODF. En tant que tel, il se consacre à promouvoir ces idéaux au sein de la société, cherchant à influencer positivement le débat public et à contribuer à l’avancement des droits de l’homme et de la citoyenneté.

Obédience mixte (de fait) depuis 2010

Le Grand Orient de France a longtemps été une obédience exclusivement masculine d. Toutefois, il n’a jamais complètement fermé la porte à une certaine forme de mixité. Aux XVIIIe et XIXe siècles, cette mixité se manifestait davantage sous forme de tutelle qu’en tant que véritable liberté. En 1775, par exemple, le GODF a officiellement reconnu la maçonnerie d’adoption, prenant sous sa gouvernance les loges féminines afin de leur fournir un cadre moral adéquat. Ces ateliers féminins étaient considérés comme des extensions des loges masculines et n’étaient autorisés que là où existait déjà une loge masculine régulière. Les loges féminines étaient alors réglementairement restreintes dans leur autonomie, notamment en ce qui concerne la tenue d’assemblées mixtes.

Sous le Premier Empire, avec Joseph Bonaparte et le prince Cambacérès à la tête du GODF, Joséphine de Beauharnais est devenue la grande maîtresse des loges d’adoption, rendant la franc-maçonnerie plus attrayante pour les femmes de la nouvelle noblesse française. Bien que cette pratique ait décliné après la chute de l’Empire, elle a persisté jusqu’à la moitié du XIXe siècle, avant de s’éteindre progressivement.

Tout au long du XIXe et du XXe siècle, la création et le développement d’obédiences mixtes et féminines ont influencé le GODF à envisager une plus grande mixité au sein de ses propres loges. Ces dernières avaient la liberté d’accepter ou non les sœurs d’obédiences amies ou reconnues, comme le Droit Humain ou la Grande Loge féminine de France.

À la fin des années 1990, des changements majeurs ont eu lieu. Une loge du GODF a initié une femme, entraînant initialement sa radiation de l’obédience. Toutefois, en 2008, une autre loge, « Combats », a initié une femme au temple de la rue Cadet, siège du GODF. Suite à une plainte en exclusion en 2010, la chambre suprême de justice maçonnique du GODF a relaxé la loge « Combats » et d’autres loges ayant pratiqué des initiations féminines, validant ainsi officiellement la réception de ces femmes comme membres réguliers.

En 2010, un événement notable s’est produit lorsque le GODF a officiellement reconnu le changement d’état civil d’Olivia Chaumont, initiée en tant qu’homme en 1992, devenant ainsi après sa transition de genre la première femme trans reconnue au sein de l’obédience. Elle a été installée vénérable de sa loge, une première dans l’histoire contemporaine du GODF.

Lors du convent de la même année, un vœu affirmant que les admissions au GODF ne devraient impliquer aucune considération de sexe a été adopté, bien que plus tard annulé pour vice de forme. Malgré ces annulations, le principe de liberté des loges, y compris dans l’accueil des sœurs, reste en vigueur. En conséquence, sans s’affirmer comme une obédience mixte, le GODF laisse à présent à ses loges la liberté d’initier des femmes ou de les affilier, suivant les mêmes modalités que pour les membres masculins.

Loges et rites au GODF

Les loges du Grand Orient de France sont considérées statutairement comme des entités indépendantes et autonomes, formant la base fondamentale de l’organisation. Chaque loge détient un pouvoir significatif dans l’obédience, opérant sous le principe démocratique « une loge, une voix ». Cette structure assure que toutes les loges, quelle que soit leur taille ou leur localisation, ont un impact égal sur les décisions de l’obédience. Elles possèdent l’autorité exclusive pour initier de nouveaux membres, ce qui renforce leur rôle central dans le maintien et l’expansion de la franc-maçonnerie au sein du GODF.

Au sein de ces loges, une grande liberté de discussion est encouragée. Tous les sujets peuvent être explorés, tant qu’ils respectent les règles générales de l’obédience, les règlements particuliers de chaque loge et le rite pratiqué. Cette ouverture au dialogue et à l’échange d’idées est cruciale pour le développement intellectuel et spirituel des membres.

Le Rite français est le rite historique et de référence du Grand Orient. Bien que chaque loge puisse choisir de pratiquer une version spécifique de ce rite ou un autre, le Rite français reste un élément essentiel de l’identité maçonnique du GODF. Les loges qui pratiquent des variantes ou d’autres rites sont accordées une double patente, reconnaissant ainsi leur diversité tout en les maintenant au sein de la grande famille du GODF.

La majorité des loges, environ 900, pratiquent le Rite français, souvent dans sa version modernisée, dite « Groussier ». Outre le Rite français, il existe environ 300 loges qui pratiquent d’autres rites . Ces rites divers incluent :

  1. Le Rite français, codifié entre 1783 et 1786 et révisé à plusieurs reprises, reflète l’évolution et l’adaptation du GODF aux besoins contemporains de ses membres.
  2. Le Rite écossais rectifié, introduit dès 1770 et intégré au GODF en 1776, témoigne de la richesse historique de la franc-maçonnerie.
  3. Le Rite écossais ancien et accepté, apparu en 1804 et unifié au GODF la même année, montre la diversité des pratiques maçonniques.
  4. Le Rite de l’ancienne maçonnerie d’York, qui a rejoint le GODF en 1804, symbolise l’extension internationale de l’obédience.
  5. Le Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm, intégré au GODF au milieu du 19e siècle, offre une perspective unique sur les traditions maçonniques.
  6. Le Rite opératif de Salomon, élaboré au sein du GODF au 20e siècle, représente l’innovation et la créativité de l’obédience.

Ces différentes pratiques rituelles illustrent la richesse et la diversité du Grand Orient de France, affirmant son rôle comme un pilier de la franc-maçonnerie mondiale, tout en s’adaptant aux évolutions et aux attentes de ses membres.

Histoire du Grand Orient De France (GODF)

Le Grand Orient de France, une importante organisation maçonnique, a été créé en 1773. Cette création est le résultat d’une grande transformation de la première Grande Loge de France, qui existait depuis 1738. Cette transformation a commencé après la mort de Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont-en-Argonne, qui était le dernier grand maître de la loge, en 1771.

Cette période a été marquée par des conflits et des divisions au sein de la maçonnerie française. Pendant plus de trente ans, de nombreux nouveaux grades maçonniques ont été créés, souvent pour obtenir des privilèges dans la société, où le statut social était très lié au titre qu’une personne détenait.

Après la mort du Comte de Clermont, son remplaçant, Chaillon de Jonville, a perdu son pouvoir. Cela a permis à Anne Charles Sigismond de Montmorency-Luxembourg de devenir le nouvel administrateur général. Pour la première fois, cet administrateur a été élu par les membres, au lieu d’être simplement nommé par le grand maître. Montmorency-Luxembourg a insisté sur la fin des divisions au sein de la maçonnerie.

Sous sa direction, la maçonnerie française est devenue une organisation plus centralisée et majoritairement nationale. En 1773, Louis-Philippe d’Orléans a été choisi comme grand maître. Bien que ce poste soit en grande partie honorifique, Montmorency-Luxembourg a utilisé cette position pour influencer fortement la maçonnerie française, en lui donnant des caractéristiques distinctes par rapport aux autres maçonneries européennes. Beaucoup de ces caractéristiques sont toujours présentes dans le Grand Orient de France aujourd’hui.

Une obédience intrinsèquement démocratique

Le 24 mai 1773, une assemblée générale prend une décision qui s’avérerait importante pour la franc-maçonnerie française : la création du “Grand Orient De France”. C’est à cette occasion que vont être prise plusieurs décisions importantes. Une des plus notable était d’ordre démocratique : elle consistait en l’élection des vénérables maîtres (les présidents des loges). Auparavant, ces postes étaient permanents, mais désormais, ils feraient l’objet d’élections régulières, et les dirigeants des loges seraient choisis par les membres de chaque loge. Cette décision marque une étape vers une forme de démocratie au sein de la maçonnerie, limitant l’influence des grades supérieurs dans les affaires internes des loges. Les vénérables maîtres ne seront plus imposés et n’auront plus la possibilité de se maintenir à vie (s’ils le souhaitaient).

En 1776, le Grand Orient De France comptait 198 loges actives, dont 37 à Paris. Malgré ces changements, une fraction des loges, principalement basées à Paris et fidèles à l’ancien système, a formé une obédience rivale appelée “Grande Loge de Clermont”. Cette obédience a perduré, s’accrochant aux anciennes traditions, jusqu’en mai 1799. À cette date, après avoir été fortement affaiblies par la Révolution française, les deux obédiences ont finalement fusionné.

Rôle de la franc-maçonnerie et du Grand Orient durant la Révolution française

On dit souvent que les francs-maçons ont joué un rôle prépondérant dans la préparation de la Révolution française de 1789. Cette idée vient à l’origine des groupes contre-révolutionnaires, qui accusaient les loges maçonniques de comploter pour provoquer la Révolution. Cependant, la réalité est plus complexe : les francs-maçons étaient partagés à l’époque : certains étaient certes partisans d’une révolution, mais d’autres étaient absolument loyal à la monarchie.

Par exemple, le duc de Luxembourg, qui a joué un rôle clé dans la création du Grand Orient de France, était un noble qui a émigré peu après le début de la Révolution. Il y avait aussi des loges aristocratiques, comme “La Concorde” à Dijon, qui ont cessé leurs activités au début de la Révolution. D’autres francs-maçons, comme l’astronome Lalande, sont restés fidèles à la monarchie.

Il est, pour autant, vrai que les loges maçonniques, qui étaient au nombre de 629 en 1789, avaient développé une certaine indépendance vis-à-vis de l’État et de l’Église. Cela a sans doute contribué à l’émergence de nouvelles idées et aspirations. Des francs-maçons notables de l’époque, comme Mirabeau ou Jean-André Périsse-Duluc, ont été impliqués dans la Révolution. L’hymne national français, “La Marseillaise”, a même été composé par un franc-maçon, Rouget de l’Isle. Mais il ne faut pas déduire de ces engagements individuels que la Révolution française doit tout à la franc-maçonnerie !

Le Grand Orient de France a officiellement soutenu la Révolution en janvier 1792, mais cela ne signifie pas que tous ses membres étaient en accord avec les changements politiques et sociaux en cours. Pendant la période de la Terreur, de 1793 à 1796, le Grand Orient a réduit ses activités, et peu de loges sont restées actives.

De Napoléon Bonaparte à la Seconde République

Après le coup d’État de Napoléon Bonaparte le 18 brumaire et pendant le Premier Empire, la franc-maçonnerie en France a connu un développement significatif, avec une augmentation notable du nombre de loges. Napoléon Bonaparte a vu les avantages d’avoir une franc-maçonnerie sous son contrôle et a donc placé des personnes de confiance en ses rangs. Le Grand Orient De France, qui est alors l’une des principales obédiences maçonniques, est dirigé par des notables proches du pouvoir, le plus proche d’entreux eux étant le propre frère de l’empereur, Joseph Bonaparte, qui en devient le Grand Maître. Le nouveau Grand Maître peut compter comme de grandes figures comme Murat ou Cambacérès. Sous la protection de l’Empire, la franc-maçonnerie continue de diffuser les valeurs philosophiques du Siècle des Lumières à travers l’Europe. Le nombre de loges augmente alors de manière spectaculaire, passant de 300 à 1220 en dix ans.

Cependant, la chute de Napoléon et de l’Empire entraîne des difficultés pour la franc-maçonnerie. De nombreuses loges sont contraintes de suspendre leurs activités dans plusieurs pays de la Sainte-Alliance. En France, le Grand Orient survie en adaptant sa position politique et en bénéficiant de la protection de personnalités proches du roi Louis XVIII, comme le duc de Tarente et le duc Decazes. Toutefois, l’organisation restait sous surveillance et il lui est interdit de s’immiscer dans les débats politiques ou religieux.

L’avènement de la Deuxième République le 24 février 1848 est accueilli très favorablement par le Grand Orient. Les premières mesures sociales prises par le gouvernement provisoire correspondent aux attentes du Grand Orient. Cependant, avec l’élection de Napoléon III comme président de la République et la victoire des monarchistes aux élections législatives de 1849, la position de la franc-maçonnerie redevient d’une grande précarité. C’est alors qu’elle redéfini sa mission comme étant « essentiellement philanthropique, philosophique et progressive ». Elle adopte alors la devise de la République, “Liberté, Egalité, Fraternité”. Toutefois, cette position progressiste a rendu l’organisation suspecte aux yeux des autorités, entraînant la fermeture de nombreuses loges avant et après le coup d’État du 2 décembre 1851.

Le Grand Orient et le second empire

Sous le règne de Napoléon III, le gouvernement exerce un contrôle étroit sur la franc-maçonnerie française. Pour s’assurer que l’organisation ne s’opposerait pas à son régime, Napoléon III nomme des personnes de confiance à la tête du Grand Orient De France, d’abord le prince Lucien Murat, puis le maréchal Magnan. Le maréchal Magnan, qui n’était pas franc-maçon à l’origine, a été rapidement initié et a reçu les trente-trois grades en seulement deux jours (sachant que de nos jours rares sont ceux qui parviennent à gravir ces 33 grades en … une vie !). Durant la période initiale du Second Empire, la plus “autoritaire” (de 1852 à 1860), le pouvoir impérial met en place un contrôle idéologique strict sur la franc-maçonnerie, cherchant à surveiller et à utiliser l’organisation tout en se méfiant d’elle.

Cependant, au cours de la période “libérale” de l’Empire (de 1860 à 1870), le Grand Orient regagne en autonomie. Cette période est marquée par l’élection du général Mellinet en qualité de Grand Maître (succédant alors au maréchal Magnan). Parallèlement, une nouvelle génération de membres rejoint les loges du Grand Orient, avec des idées républicaines et influencées par le positivisme. Ces membres aspirent à une franc-maçonnerie plus active et engagée. Les loges sont devenues des lieux de réflexion et de débat intellectuel. De plus, la référence traditionnelle à Dieu a été remise en question, car elle était perçue comme une atteinte à la liberté de conscience.

L’âge d’or de la IIIe République

En mars 1871, lors du soulèvement de Paris, la franc maçonnerie s’est divisée en deux factions distinctes. D’un côté, les « blouses maçonniques », composées de maçons prolétaires et révolutionnaires, ont immédiatement soutenu la Commune de Paris. De l’autre, les « habits noirs », représentant les bourgeois républicains et modérés, fréquentaient plutôt les cercles influents de Versailles. Les loges parisiennes essayent de négocier la paix avec les francs-maçons de Versailles, mais sans succès face à l’opposition d’Adolphe Thiers. Finalement, la plupart des loges parisiennes choisissent de soutenir ouvertement la Commune, mais celle-ci est violemment réprimée, entraînant la mort de nombreux francs-maçons. Après ces événements, entre 1872 et 1877, la franc-maçonnerie est accusée de complicité avec la Commune et de nombreuses loges sont fermées sous le régime de l’ordre moral.

En 1877, une évolution majeure s’est produite au sein du Grand Orient de France, à la suite d’un rapport du pasteur Frédéric Desmons. Ce rapport, émanant d’une loge de Villefranche-sur-Saône, conduit le Grand Orient à abolir l’obligation de croire en Dieu et à retirer de sa constitution la référence à « l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme ». Cette décision devient un marqueur : le Grand Orient se fait obédience maçonnique « libérale » et« adogmatique », favorisant la « liberté absolue de conscience ». Cette orientation créé un schisme avec les autres branches de la franc-maçonnerie qui font de la croyance en un être suprême un impératif.

Sous la Troisième République, le Grand Orient de France s’implique fortement dans la vie politique et sociale, initiant des mouvements tels que la Ligue des droits de l’Homme, contribuant à la création de mutuelles, de coopératives ouvrières et d’universités populaires. Il joue également un rôle clé dans des réformes majeures comme l’enseignement public laïc et obligatoire, et lutte pour la séparation de l’Église et de l’État. Le Grand Orient De France acquiert une influence politique à gauche. Ses membres sont impliqués dans divers courants politiques, allant des modérés aux radicaux et aux socialistes. En 1877, de nombreux membres du Grand Orient sont élus députés ou sénateurs, et l’organisation soutient la cause du capitaine Dreyfus, s’engageant dans les débats les plus controversés de l’époque.

Le Grand Orient De France au 20ème siècle

La maintenant bien connue loi de 1901 sur les associations, soutenue et amendée par le Frère Groussier, et la victoire du bloc des gauches en 1902 ont marqué le début d’une période de tensions entre la France laïque et la France cléricale, qui aboutira, dans la douleur à la séparation de l’Église et de l’État en 1905. Le Grand Orient De France joue un rôle important dans ce processus, soutenu par le ministère d’Émile Combes. Côté ténèbres, le GODF se trouve impliqué dans l’« affaire des fiches » en 1904, un scandale révélant la surveillance des officiers de l’armée par les loges et la collecte de renseignements sur les militaires.

En 1913, le Grand Orient renonce à exiger des loges de travailler à la gloire du Grand Architecte de l’Univers. Cette décision conduit à une scission et à la création de la Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France et ses colonies, future Grande Loge Nationale française (GLNF), par les loges souhaitant maintenir une pratique maçonnique théiste.

Lors de la Première Guerre mondiale, le Grand Orient soutien l’engagement national dans le conflit, mais en 1919, se retrouve dans l’opposition et se consacre davantage à la réflexion philosophique. Entre les deux guerres mondiales, le Grand Orient s’interesse aux questions internationales et prête assistance aux réfugiés fuyant les régimes de Franco et Mussolini. Arthur Groussier propose une réforme du Rite Français pour renforcer son caractère symbolique et initiatique.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le Grand Orient, trop identifié à la République, est dissous par le régime de Vichy et persécuté par les nazis et la Gestapo. Beaucoup de ses membres, dont Jean Zay et Pierre Brossolette, sont actifs dans la Résistance et sont poursuivis (voir déportés), ce qui aboutit de facto à une diminution significative de ses effectifs. Après la guerre, le Grand Orient a du mal à rétablir ses effectifs.

Depuis les années 1950, le Grand Orient de France connaît une croissance régulière de ses membres, passant de 31 000 en 1990 à environ 52 000 en 2015, y compris des femmes. L’obédience continue de jouer un rôle actif dans les débats sociaux et politiques, notamment en soutenant le mouvement de Mai 68 et en défendant la laïcité scolaire.

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