Droit Humain (DH)

L’Ordre Maçonnique Mixte International “Le Droit Humain” représente une avancée significative dans l’histoire de la franc-maçonnerie, fondé en 1901 comme une évolution de la première obédience mixte créée en 1893 par Georges Martin et Maria Deraismes. Cette création marque un tournant, affirmant sans conteste l’égalité des sexes dans l’accès à la franc-maçonnerie, une révolution à cette époque où les loges étaient traditionnellement exclusivement masculines ou féminines (loges d’adoption).

Le Droit Humain se distingue par sa dimension internationale. L’obédience est présente en 2016 dans plus de 60 pays répartis sur tous les continents. Cette dimension internationale reflète l’ambition de ses fondateurs de transcender les divisions géographiques, ethniques, culturelles et religieuses, en promouvant l’égalité et la fraternité universelles.

L’objectif central de l’Ordre est de promouvoir l’égalité entre hommes et femmes, non seulement au sein de la franc-maçonnerie mais aussi dans la société en général. Cette démarche est ancrée dans la lutte pour les droits des femmes et des citoyens, s’engageant à défendre équitablement les intérêts et les besoins des deux genres. Le Droit Humain œuvre pour dépasser les particularismes et les divisions, cherchant à éliminer les germes de ségrégation, d’exclusion et de barbarie.

Trois caractéristiques distinctives marquent Le Droit Humain par rapport aux autres obédiences maçonniques françaises :

  1. La mixité : L’obédience intègre hommes et femmes sur un pied d’égalité, favorisant un échange enrichissant et un apprentissage mutuel au sein de ses loges.
  2. L’internationalisme : Sa présence mondiale et son engagement envers la diversité culturelle renforcent son message d’unité et de compréhension mutuelle à travers les frontières.
  3. La continuité initiatique des 33 degrés du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) : Cette caractéristique offre un parcours complet de développement maçonnique, permettant aux membres d’explorer en profondeur les enseignements et les rituels maçonniques.

Le Droit Humain s’engage à promouvoir des valeurs de paix, d’égalité et de fraternité, en encourageant ses membres à contribuer activement à un monde plus juste et harmonieux.

Histoire du Droit Humain

En 1880, une rupture significative survient au sein de la franc-maçonnerie française lorsque douze loges quittent la Grande Loge Centrale du Suprême Conseil de France, qui regroupe les loges des trois premiers degrés associées au Suprême Conseil de France. Ces loges forment alors une nouvelle obédience sous le nom de Grande Loge Symbolique Écossaise (GLSE). Certaines de ces loges, bien qu’ouvertes à l’idée de l’initiation des femmes, se heurtent à des limites institutionnelles et ne peuvent aller plus loin dans cette voie.

L’un des événements marquants de cette époque est l’initiation de Maria Deraismes, journaliste et figure majeure du féminisme, par la loge “Les Libres Penseurs” du Pecq. Cette loge, parmi les fondatrices de la GLSE, proclame son autonomie en janvier 1882 pour initier Deraismes selon les rituels du Rite Écossais Ancien et Accepté, faisant d’elle la première femme initiée dans une loge masculine en France. Cet acte que l’on peut qualifier de révolutionnaire entraîne des remous au sein de la franc-maçonnerie, aboutissant finalement à la réintégration de la loge au sein de la GLSE en 1884.

Parallèlement, Georges Martin, fervent défenseur de l’égalité des sexes en franc-maçonnerie, poursuit son plaidoyer pour l’initiation des femmes. Ses efforts, cependant, se heurtent à l’opposition du conseil exécutif de la GLSE. En réponse, Martin et Deraismes commencent à élaborer un plan pour une structure indépendante qui accueillerait des femmes.

Entre 1891 et 1893, plusieurs réunions préparatoires se tiennent, et aboutissent à la création, le 14 mars 1893, d’une nouvelle obédience maçonnique en France. Lors de ces réunions, Maria Deraismes, revêtue de son cordon de Maître Maçonne, initie et élève seize femmes aux grades de compagnon et de maître. Ces femmes, engagées dans les luttes pour l’émancipation et les valeurs républicaines, forment avec Georges Martin, la première obédience maçonnique mixte du monde, baptisée “Grande Loge Symbolique Écossaise Le Droit Humain” (GLSE-DH), avec Deraismes en tant que première présidente.

La consolidation et l’expansion de cette franc-maçonnerie mixte du Droit Humain ne se font pas sans difficultés. La création d’un “Suprême Conseil Universel Mixte”, envisagée par Georges Martin, est réalisée avec le soutien du franc-maçon féministe Joseph Décembre, détenteur du 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté. Cette étape cruciale permet à l’Ordre de se structurer en tant que puissance maçonnique internationale, offrant à ses membres un parcours complet du premier au dernier degré au sein de l’obédience. Le 11 mai 1901, l’Ordre Maçonnique Mixte International “Le Droit Humain” (OMMI) est officiellement établi, publiant ses constitutions et devenant l’organisme central délivrant des patentes aux fédérations nationales.